Certains pensent qu'un salaire universel ferait que les gens ne travailleraient plus.
L'idée est que seul la survie nous pousse à travailler.
C'est la question de la motivation.
Cet avis me semblait totalement abscons. Maintenant que je travail de façon salarié, je commence à le comprendre. Ou du moins à comprendre pourquoi certains peuvent le penser.
C'est une énorme erreur. Mais liée à une vision très partielle de la motivation.
Cette partialité est due au manque d'expérience de ceux qui ont toujours été salarié.
Cette forme de travail est une aliénation. Elle aboutit à une perte de sens dans nos vie. Ou plutôt, une perte de sens... à moins que le sens ne sois la soumission à l'intérêt de l'entreprise (donc des actionnaires) qui nous emploient.
Le sens du servage.
Qui reste un sens puissant dans l'espèce humaine. (Ou bovine...)
Dans ces conditions, et précisément DANS ces conditions, la survie est effectivement la seule source de motivation suffisamment forte pour accepter durablement cette situation. (Perte de sens et exploitation)
J'entend par durablement, qu'une motivation ne peut se juger que dans les moments difficiles. Même malade, déprimé, fatigué, nous allons travailler : ça, c'est la conséquence d'une vraie motivation.
Or une vraie motivation, semblable, me semble -parfois- nécessaire à certains travaux. (Ou plutôt certaines choses nécessaires nécessitent une motivation aussi forte pour être accomplie)
Le travail SALARIÉ ne me semble effectivement possible qu'à cette condition de survie. Ou tout du moins sous la forme qu'on lui connait aujourd'hui.
Mais effectivement, le contexte actuel (notre culture actuelle), soutenue par l'idéologie dominante, pousse la majorité de la population a être maintenue dans un état de survie, suffisante pour être exploité.
Je ne pense pas que ce soit conscient, ni d'un côté ni de l'autre, mais sous-jascent à l'idée de ce salaire universel se trouve l'idée de l'arrêt de l'utilisation de la survie comme source de motivation pour l'exploitation des salariés.
C'est à dire, l'arrêt du servage. La fin de l'inculcation forcé dans une logique de servitude, comme seul sens possible pour le travail.
Idée déplaisante s'il en est pour les grand dominant : l'abolition de la servitude.
Je crois qu'on sous-estime l'importance de la perte de sens de nos vie introduit par le travail salarié.
Comme si le travail pour quelqu'un d'autre (qui ne nous est rien : l'actionnaire) faisait disparaitre peu à peu nos autres but. Par la ponction exercé sur notre énergie et notre temps quotidien occupé par cette routine du travail.
C'est dans cette situation de perte de sens que la solution universelle de survie aboutirait à l'arrêt du travail pour une grande majorité de personnes.
Suivrait une "récupération" plus ou moins longue (et c'est tout le problème) des dégât de l'aliénation salarié. Avant la mise devant la découverte de la perte de sens. (Qui était déjà perdu depuis longtemps, mais inconscient pour la plupart)
Deux écueils de taille :
Le premier, c'est la récupération. Les personnes réellement traumatisé par le travail salarié pourraient s'enfermer dans une fuite perpétuelle du travail. La guérison n'est probablement pas toujours possible.
Deuxième écueil : cette prise de conscience, violente, de la perte de sens de nos vie. Surtout sans conscience que ce sens était perdu depuis longtemps à cause du travail.
En surviendrait un malaise puissant qui en conduiraient beaucoup à la révolution ; au retour au travail salarié, connu, d'avant cette crise de conscience douloureuse.
La nature et nos instincts nous poussent toujours à -revenir- à une situation antérieure agréable. (Je n'ai pas faim... Puis j'ai faim, donc je bouge mon cul pour -revenir- à mon état d'avant)
Autre voie possible pour cet écueil, la religion et surtout les sectes en tout genre. Qui s'empareront de cette perte de sens pour "récupérer" l'exploitation des individus.
Et pour combler aussi un besoin de soumission qui semble faire une grande part de la nature humaine.
Sans compter que les "grands dominant" s'adapterons à ces évolutions culturelle et sociales pour conserver leur place de dominant, et "monterons" ces nouvelles "églises".
Surtout que les ONG sont déjà là, et déjà construite sur ce modèle d'exploitation.
La solution de survie du salaire universel ne peux donc pas s'appliquer sans un soutiens profond à cette quête de sens.
Et un cadrage des débordements, en particulier dans le montage d'"entreprise", d'organisation, visant l'exploitation de cette perte de sens.
Si le but de ce cadrage vise l'épanouissement humain, et non le profit de certain, il implique un rétablissement préalable d'un service public qui sera en charge de ce cadrage et de ce soutiens individuel.
Donc d'un rétablissement de la culture du service public.
Un autre écueil, plus subtil, est lié à la motivation elle même. Certains travaux semble nécessiter une motivation puissante pour être accomplie. Sans "obligation de survie" nous risquons de voir se répandre l'abandon de poste, des les premières difficultés.
Je l'ai dis, l'organisation du travail, tel que nous la connaissons aujourd'hui, n'est pas adaptée à un travail "facultatif".
Tout notre savoir faire, notre culture, en terme d'organisation du travail, repose sur la nécessité de survie du travailleur pour "accepter" les tâches à faire, le conduire à les finir, accepter de se soumettre à un plan d'ensemble etc...
L'écueil est plus subtil, mais beaucoup plus puissant.
Il est nécessaire, préalablement, de repenser et de reconstruire toute notre culture de l'organisation du travail, en se basant sur le volontariat. Sans une nouvelle organisation du travail performante, l'efficacité économique, soutenue par le travail actuel, risque de chuter considérablement.
Or le principe du salaire universel -repose- sur l'efficacité économique globale.
En d'autre terme, on risque de scier la branche sur laquelle on s'assoit.
Il est nécessaire d'effectuer une transition sur l'organisation du travail elle-même. Et il s'agit d'un changement culturel, donc très long à mettre en place.
Toutefois, trouver et mettre en place une culture de la non-exploitation est précisément le but recherché par ce salaire universel.
Il s'agit d'un cercle. Cette culture semble nécessaire à la mise en pratique d'une solution sensé apporter cette culture...
Si le salaire universel est une solution de survie, il n'est pas vraiment une solution à la mise en place de cette culture.
Mais un des éléments qui doit se mettre en place en même temps que d'autres.
La question politique reste donc de déterminer -comment- mettre ces choses en place, progressivement.
La première étape me semblant être de trouver au moins les prémices d'une organisation du travail volontaire efficace.
Et une culture de l'héroïsme comme source de motivation importante et suffisante. Ou une culture de la réalisation de sois dans le travail accompli, de l'épanouissement dans le travail.
Le problème étant que ces points culturels nécessaires ont été dévoyés par les exploiteurs actuels.
L'aliénation n'est pas qu'individuelle, elle est aussi culturelle. Les valeurs importante sont dévoyés et sonnent comme des "pièges à con".
La ré-appropriation de ces valeurs en les sortant du cadre du travail salarié me semble un préalable nécessaire.